On apprécie toujours leurs généreuses floraisons d’un jaune vif qui illumine les journées grises en fin d’année. C’est aussi un parfum et, plus tard, des grappes de fruits très décoratives. Curieusement, le mahonia n’est présent que dans les grands espaces alors qu’il pourrait fort bien trouver sa place dans les jardins de moyenne superficie.

Arbustes piquants et touffus, les mahonias appartiennent à la famille des Berbéridacées et au genre Mahonia. Ils se distinguent des berbéris par leurs feuilles composées et par l’absence d’épines sur les rameaux. Le genre Mahonia compte de 60 à 90 espèces toutes à feuillage persistant. Ils sont originaires d’Asie (Himalaya, Chine, Japon) et d’Amérique du Nord et centrale. Ce genre est très proche des Epines-vinettes (genre Berberis). Il existe même un hybride x mahoberberis issu d’un croisement entre espèces des deux genres. Le sujet adulte mesure entre 2 et 4 mètres. Certains sujets exceptionnels peuvent atteindre 5 mètres, mais sous nos latitudes il est assez rare qu’il dépasse les 3 mètres de haut. Sa croissance est assez lente. Comptez environ une vingtaine de centimètres par an. Les tiges solides, bien érigées, ont tendance à se dégarnir de la base chez les sujets âgés.

Des atouts très colorés
Les fleurs, toujours de couleur jaune vif, apparaissent d’octobre à mai selon les variétés, en grosses grappes (jusqu’à 30 cm de long) compactes ou étalées. Notez que sa magnifique floraison est prolongée par une fructification elle aussi très décorative sous forme de petites baies bleu-noir, ce qui augmente d’autant l’intérêt de l’arbuste. Son feuillage persistant épineux, vert foncé lustré dessus, vert jaunâtre au revers, est extrêmement ornemental. Les nervures sont très apparentes sur la face inférieure et les jeunes feuilles prennent une teinte bronze.

Tous n’ont pas le même niveau de rusticité
Le mahonia apprécie l’ombre et la mi-ombre, mais il supporte également le soleil direct sous un climat tempéré. Bien que la plante s’épanouisse en hiver, un emplacement abrité des fortes gelées est conseillé. Attention, les mahonias à feuilles très longues comme ‘Charity’ sont plus frileux et doivent être placés près d’un mur assez abrité. Cet arbuste peut être planté seul, mais il aime également la compagnie d’autres plantes qui, comme lui, affectionnent le même type d’environnement. Il va bien avec des fougères persistantes, des bulbes précoces au printemps comme les scilles, les tulipes, les narcisses ou les jacinthes des bois dont les fleurs bleues composeront un très joli contraste. Si vous souhaitez dissimuler les parties dégarnies des grands mahonias, vous pouvez lui associer des plantes vivaces comme les delphiniums, les cœur de Marie, les ancolies, les marguerites d’automne. Enfin, le mahonia peut aussi rejoindre une haie de bocage, c’est-à-dire défensive. Dans ce cas, on le plantera en compagnie d’arbustes épineux comme les berberis ou les aubépines.

Il adore les sols acides
Bien que très tolérants quant à la qualité du sol, les mahonias préfèrent une terre drainante, légèrement acide ou neutre et de préférence bien enrichie en humus avant la plantation. L’apport en amendement organique (fumier ou compost avec éventuellement des algues) est recommandé à la plantation. Si votre sol est un peu calcaire, on ajoutera soit de la tourbe blonde, soit de la terre de bruyère, afin de l’acidifier.

Une plantation réussie
Le solide feuillage du mahonia lui donne un véritable effet structurant. Si vous avez la place, nous vous conseillons de planter trois sujets ensemble afin d’obtenir un effet encore plus spectaculaire. S’ils sont plantés proches de votre entrée, à chaque passage vous profiterez de leur lumière en plein hiver et de leur parfum. Plantez le mahonia à l’automne ou au printemps mais pas entre janvier et février (périodes de gel) ni de mai à septembre (en raison des fortes chaleurs). En fin d’année, les sujets sont vendus en fleurs, ce qui n’est pas un problème. Pour un bon épanouissement de la plante, respectez une distance de plantation d’environ 2,50 mètres entre chaque sujet.

A surveiller seulement les premières années
Dans les régions où la température descend souvent en dessous de -5°C, il convient de prévoir un voile de protection le premier hiver. Un épais paillis au pied avec des fougères sèches est également une sage précaution. Mais le plus souvent, une très forte gelée ne provoquera que des nécroses sur les feuilles et une destruction partielle de la floraison. Rassurez-vous : une fois adulte, c’est-à-dire après trois ou quatre ans, un Mahonia x media (le plus répandu) résiste jusqu’à -15°C sans aucun problème. Enfin, il est fortement recommandé de tuteurer les jeunes sujets. Les tiges sont parfois un peu trop souples pour supporter le volumineux bouquet de feuilles et les fleurs, sans se plier dangereusement. Mais après deux ans, retirez le tuteur.

Attention au blanc et aux rouilles
Du côté des maladies, les mahonias peuvent se montrer sensibles à l’oïdium (le blanc). C’est surtout le cas à la fin de l’été, en septembre, si le temps est maussade et si les arbustes sont confinés dans un espace limité avec peu de lumière. Si vous repérez des premières traces de feutre blanc, n’attendez pas et pulvérisez une solution à base de soufre. Pour qu’elle soit efficace, la température ambiante doit être située entre 18° et 23°C, ni moins, ni plus.
La rouille, qui produit ces petits amas de poudre orangée sur les feuilles, se manifeste également sur des sujets fragiles. Là aussi, n’ayez pas trop d’inquiétude car c’est sans conséquences très graves sur les arbustes.

Une taille de formation est utile
On l’a vu, un paillis permet de protéger les racines du gel en cas d’hiver rigoureux. Mais un bon paillis maintient aussi une certaine fraîcheur au pied de l’arbuste durant les journées les plus chaudes de l’été. Un paillis de compost, ou de mulch d’écorces et de tontes, apportera de l’humus tout en maintenant bien cette fraîcheur au sol. Ce paillis évite aussi les mauvaises herbes, ce qui est une bonne chose quand le mahonia est encore jeune. Il faut toujours assurer une taille de formation aux jeunes mahonias. On intervient juste après la floraison en rabattant les tiges là où on souhaite que l’arbuste se ramifie. Evidemment, on élimine les croisements de tiges et les départs orientés vers l’intérieur du sujet. Une fois adulte, le mahonia ne nécessite pratiquement aucune taille. Contentez-vous d’éliminer les rameaux abîmés, desséchés, en surnombre et qui encombrent le cœur de l’arbuste le privant d’air et de lumière. Supprimez aussi les hampes florales fanées. Dans tous les cas de figure, ne coupez pas plus d’un tiers de la longueur des branches.

Récupérez les drageons
Le bouturage et la récupération de drageons sont les méthodes de multiplication les plus simples et les plus rapides. Le bouturage du mahonia s’effectue à la fin de l’été sur du bois semi-aoûté. On prélève les boutures sur des pousses de l’année. On supprime les feuilles de la tige pour ne garder que les feuilles de tête. On peut éventuellement appliquer sur la plaie de coupe (et pas sur la tige elle-même) un peu de poudre d’hormone de bouturage. Toutefois, ce n’est pas indispensable. On repique les boutures dans un mélange drainant de terre de jardin tamisée et de terreau. On termine en plaçant le pot à l’étouffée, c’est-à-dire en le coiffant d’un sac plastique sans que celui-ci touche la bouture. Rangez sous abri, sans soleil direct. Si vous récupérez des drageons, intervenez de préférence au printemps. La reprise sera plus facile.

Gare aux fruits
Attention, toutes les parties de la plante sont plus ou moins toxiques. L’écorce des racines présente le plus de risques, ce qui lui a valu, et vaut encore, d’être utilisée en médecine. Les fruits ne contiennent pas d’alcadoïdes ; ils ne sont donc pas particulièrement dangereux. Les symptômes , rares, sont des maux de ventre, des vomissements ou une légère tachycardie. Evitez bien sûr que les enfants en mangent.

François Willemin