Contrairement à ce que certains pensent, la montée à graine n’est pas une fatalité, et encore moins le fruit du hasard. On peut très bien jouer sur plusieurs paramètres pour réduire considérablement les risques.

Qui n’a pas connu de tels déboires avec ses salades ? La montée à graine intempestive se produit principalement sur les différentes laitues d’été. On éprouve alors un sentiment d’impuissance mêlé d’injustice puisqu’on est persuadé d’avoir soigneusement préparé ses cultures. Pourtant, en respectant quelques bonnes pratiques, on peut réduire considérablement les risques.

Une montaison, c’est quoi ?
Commençons d’abord par nous intéresser au problème. La montée à graine, encore appelée « montaison » affecte un peu certains légumes racines, mais surtout les légumes feuilles et notamment les laitues, qu’il s’agisse des pommées, des batavias et des romaines, même des variétés de laitues à couper. Normalement, une hampe florale qui se dresse et les fleurs qui s’ouvrent pour libérer des graines sont signes de fin de vie du plant. A ce stade, les feuilles épaississent et deviennent impropres à la consommation. Cela devient un problème quand ce phénomène intervient plus tôt que prévu, c’est-à-dire en cours de culture. Et c’est à ce moment là qu’on parle de montées à graines (sous-entendu intempestives ou accidentelles).

Les quatre causes majeures des montées à graines
Il existe plusieurs raisons à ce problème mais on peut tout de même distinguer quatre causes majeures.
La première, et sans doute la plus fréquente, est un coup de chaud brutal. Les jeunes laitues supportent très mal les hausses de température violentes. Or, depuis quelques années, c’est souvent le cas en avril et en mai avec une ou deux semaines très chaudes.
Ensuite, on a remarqué que la montaison se produisait souvent au cours des jours les plus longs de l’année. La fin du printemps est donc toujours une période particulièrement à risques.
La troisième cause classique est un stress hydrique, c’est-à-dire un manque d’eau mais aussi un excès d’eau brutal comme c’est le cas lors d’une averse d’orage très violente. Le plant ainsi « stressé », se sentant en danger, réagit en déclenchant une production de graines pour se reproduire avant de mourir.
Enfin, il ne faut jamais semer les graines de ses propres salades si elles ont été récupérées lors d’une montée intempestive. Les plants qui en seraient issus reproduiraient presque inévitablement le phénomène. On conserve uniquement les graines des plants laissés sur pied à cet effet et donc montés en graines normalement à la fin de leur cycle. Et puis, pour les variétés d’été, le repiquage est toujours une épreuve pour les jeunes plants. C’est la raison pour laquelle on a tout intérêt à semer directement en place et à éclaircir ensuite le rang sans avoir à toucher aux pieds qu’on veut conserver. Repiquer des plants achetés augmente toujours un peu les risques.

En cas de pics de chaleur, il faut ombrer

Pour se protéger des coups de chaud brutaux, il faut dès le mois de mai comme en plein été, ombrer les salades. On peut aligner sur les rangs des cagettes retournées qu’on recouvre d’une vieille toile de jute. On peut également planter des arceaux sur lesquels on étend une toile de 11h à 18h. Seconde mesure, on évite de semer du 10 juin au 15 juillet. Et si en mai on annonce à la météo des pics de chaleur, on patiente une semaine de plus pour faire son semis. En effet, la germination des graines devient beaucoup plus difficile dès que la température atteint 20°C. Dans l’idéal, on sème sur une terre aérée mais non retournée et qui a été enrichie avec un apport de compost.

Bien arroser, ce n’est pas juste apporter de l’eau
Troisième mesure, il faut arroser très régulièrement et ceci quoi qu’il arrive. « Régulièrement » ça veut dire au moins un jour sur trois si le temps est maussade et un jour sur deux si le temps est sec, voire chaque jour en cas de très fortes chaleurs durant l’été. C’est aussi arroser juste après un orage, même en apportant très peu d’eau, simplement pour garder le rythme des arrosages. Attention, on arrose toujours très tôt le matin, avant que le soleil touche le rang et évapore l’arrosage. On peut préférer aussi arroser le soir, la terre ayant ainsi toute la nuit pour absorber tranquillement l’arrosage. On arrose avec un arrosoir et pas au tuyau, pour être précis et verser l’eau doucement au goulot (sans la pomme), juste à côté du plant mais sans le mouiller. On utilise une eau de pluie qui est à température ambiante et pas une eau sortie du robinet, qui est toujours beaucoup trop froide. Enfin, souvenez-vous de ce vieil adage bien utile : un binage vaut deux arrosages. En effet, en cassant légèrement la croute du sol en surface, vous facilitez la pénétration de l’eau dans la terre (et vous en profitez pour désherber). Si vous ne binez pas, l’eau restant plus longtemps en surface va s’évaporer très vite en grande quantité et sera perdue.

Pailler est indispensable
C’est une évidence et pourtant ce n’est pas toujours appliqué. Cette mesure a trois utilités. La première est de conserver le sol frais en permanence. Utilisez de la paille ou des fougères sèches et répandez une bonne couche autour de chaque plant tout le long du rang. Le second atout est de pouvoir décourager les limaces de venir festoyer la nuit. Cependant, restez sur vos gardes car certaines parmi les plus téméraires parviennent tout de même à franchir cette barrière. Troisième avantage, un paillis assez épais empêche les mauvaises herbes de lever. La terre reste propre et les laitues, sans concurrence, ont pour elles toutes seules une bonne terre fertile et régulièrement arrosée.

Echelonner les semis
C’est peut-être une lapalissade mais tout le monde ne le fait pas. Echelonner les semis toutes les trois semaines permet tout simplement d’étaler les récoltes. Et comme on mange des salades presque tous les jours en été, c’est même une nécessité. Mieux, en échelonnant les semis, on étale les risques de maladies et d’accidents de culture comme les montées à graines. D’un mois sur l’autre, les conditions météorologiques ne sont pas les mêmes. Et si vous subissez tout de même une montaison, elle sera limitée en nombre de plants touchés.

Choisir les variétés les moins sensibles
Dans la catégorie des laitues, on retrouve aussi bien les laitues pommées aux grosses feuilles lisses que les batavias aux pommes volumineuses mais aux feuilles cloquées, voire gaufrées ou même frisées, les romaines et les laitues à couper (on coupe les feuilles encore jeunes au niveau du collet et ça repousse). Pour toutes ces laitues, il existe des variétés de printemps qu’on sème sous abri en février et mars, des variétés d’été qu’on sème en pleine terre en mai et juin puis des variétés d’hiver à semer à partir de septembre. Enfin, parmi les variétés d’été, il existe certaines variétés moins sensibles que d’autres aux montées à graines. C’est le cas des laitues pommées comme ‘Grosse Blonde Paresseuse’, la bien nommée ‘Kinemontepas’, ‘Merveille des quatre saisons’, ‘Kagraner Somer’. On peut aussi retenir ‘Reine de juillet’, ‘Justine’ et ‘Augusta’. Parmi les variétés de batavias d’été, la belle ‘Rouge Grenobloise’ est peu sujette aux montaisons. C’est aussi le cas de ‘Pierre Bénite’, ‘Camaro’ et ‘Carmen’. Mais attention, cette dernière, comme ‘Canasta’ ou ‘Kamikaze’ est réputée lente à lever, ce qui n’est pas un avantage. Du côté des variétés à couper ‘Lollo Rossa’ est une valeur sûre.

Jules Bara